« On vendra jusqu’au dernier dollar » : le coup de poker à 6 milliards de Javier Milei qui peut faire sauter l’Argentine

« On vendra jusqu’au dernier dollar » : le coup de poker à 6 milliards de Javier Milei qui peut faire sauter l’Argentine

Imaginez un pays au bord de la faillite. Pour le sauver, son nouveau président, Javier Milei, vient de lancer le pari économique le plus risqué de la décennie. Son plan ? Mettre les 6 derniers milliards de dollars de l’Argentine sur la table pour stopper la crise. C’est un « All-In » spectaculaire, une stratégie du tout ou rien qui a déjà vu le pays brûler 432 millions de dollars en 48 heures, comme le rapporte le quotidien brésilien O Globo. Alors, coup de génie ou suicide économique ? Voici le décryptage de ce coup de poker qui fascine le monde.

La « thérapie à la tronçonneuse » qui secoue l’Argentine

Pour comprendre le drame qui se joue, il faut revenir quelques mois en arrière. Fin 2023, l’Argentine, rongée par une inflation à trois chiffres et au bord de la faillite, élit un économiste iconoclaste à sa tête : Javier Milei. Son programme ? Une « thérapie de choc » radicale, qu’il symbolise en brandissant une tronçonneuse pendant ses meetings pour promettre de tailler dans les dépenses de l’État.

Depuis son arrivée, il a tenu parole. Des ministères ont été supprimés, les subventions à l’énergie et aux transports coupées net, et des milliers de postes de fonctionnaires supprimés. Un électrochoc d’une brutalité inouïe. Les premiers résultats sont aussi spectaculaires que douloureux : l’inflation mensuelle a commencé à ralentir, mais le pays est entré dans une récession violente et le taux de pauvreté a explosé, dépassant les 50% de la population.

Mais cette première phase n’était qu’un échauffement. Le véritable objectif de Milei, son pari ultime, est encore plus fou : tuer le peso argentin.

Le pari ultime : le projet d’abandonner sa monnaie pour le dollar

L’idée centrale de Javier Milei est que le mal argentin vient de sa monnaie, le peso, que les gouvernements successifs n’ont cessé de dévaluer en faisant tourner la planche à billets. Sa solution ? L’abandonner purement et simplement pour adopter le dollar américain. C’est ce qu’on appelle la « dollarisation ».

Le concept est simple : si votre pays utilise la monnaie de quelqu’un d’autre, vous ne pouvez plus en imprimer. C’est un remède de cheval pour stopper l’inflation net. Bien que cette loi ne soit pas encore votée en septembre 2025, elle reste le projet phare du gouvernement et la clé pour comprendre sa stratégie du « tout ou rien ».

Mais alors, une question se pose : si le but est d’accumuler des dollars, pourquoi le gouvernement en vend-il des centaines de millions en ce moment ? C’est le cœur du paradoxe argentin. Pour le comprendre, il faut voir la situation comme une urgence médicale : il y a l’hémorragie à stopper tout de suite, et la transfusion sanguine à préparer pour plus tard.

Actuellement, la vente de dollars est une mesure d’urgence pour empêcher le peso de s’effondrer. Sans cette intervention, l’hyperinflation exploserait et le pays sombrerait dans le chaos, rendant tout projet futur impossible. Mais la dollarisation, elle, est la « transfusion » planifiée : elle nécessite un stock massif de dollars pour racheter tous les pesos en circulation. Le gouvernement est donc obligé de sacrifier une partie de ses réserves futures pour survivre aujourd’hui. C’est toute la tension du pari.

C’est ce pari, jugé trop risqué par la plupart des économistes, que les marchés financiers regardent avec une méfiance extrême. Et c’est cette méfiance qui a provoqué la crise de ces derniers jours, forçant le ministre de l’Économie à jouer son va-tout.

Génie ou suicide ? Le monde entier retient son souffle

Le « All-In » du gouvernement argentin est une tentative désespérée de gagner du temps et de montrer aux marchés qu’il ne reculera pas. En affirmant qu’il vendra « jusqu’au dernier dollar » de ses 6 milliards de réserves, il espère décourager la spéculation contre le peso.

Deux scénarios sont désormais sur la table. Si le bluff fonctionne et que la confiance revient, Milei pourrait réussir son pari et devenir un cas d’école de redressement économique. L’Argentine sortirait de l’hyperinflation et pourrait attirer à nouveau les investissements étrangers.

Mais si le bluff échoue et que les marchés continuent d’attaquer, les 6 milliards de dollars de réserves pourraient fondre en quelques semaines. Le pays se retrouverait alors sans défense, face à une panique bancaire et une crise sociale d’une violence inouïe. Le suicide économique serait total.

Rarement une expérience économique n’aura été menée de manière aussi radicale et transparente. Que l’on soit pour ou contre, le monde entier regarde aujourd’hui l’Argentine comme un laboratoire à ciel ouvert. La partie de poker est lancée. Et personne ne sait encore qui va remporter la mise.


FAQ : 3 Questions pour comprendre l’enjeu

1. Concrètement, c’est quoi la « dollarisation » ?
C’est quand un pays décide d’abandonner sa propre monnaie (le peso argentin) pour utiliser officiellement celle d’un autre pays (le dollar américain) pour toutes ses transactions. Les salaires, les prix, les contrats, tout serait libellé en dollars. C’est une mesure extrême pour tuer l’hyperinflation.

2. D’autres pays l’ont-ils déjà fait ?
Oui, mais ce sont des cas très rares et spécifiques. L’Équateur, le Salvador et le Panama sont les exemples les plus connus. Ils ont réussi à stabiliser leurs prix, mais au prix d’une perte totale de contrôle sur leur politique monétaire, ce qui les rend très vulnérables aux chocs économiques externes.

3. Pourquoi est-ce si important pour nous, en France ?
Parce que c’est une expérience grandeur nature qui teste les limites d’un modèle économique ultra-libéral. Si l’Argentine réussit, cela pourrait inspirer d’autres pays et changer les débats économiques mondiaux. Si elle échoue de manière spectaculaire, cela servira d’avertissement sur les dangers des thérapies de choc trop brutales.

Julien Marchand - Fondateur Numerimer

Julien Marchand

Fondateur de Numerimer • Analyste Finance & Business

Après 10 ans à analyser les marchés financiers, j'ai créé Numerimer pour démocratiser l'information financière de qualité. Spécialiste des fintechs et innovations du secteur.

10 ans d'expérience 2000+ analyses 50+ secteurs étudiés
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