Cette idée géniale d’une petite ville au Canada pour lutter contre les déserts médicaux
Et si la solution pour sauver nos médecins de campagne venait… d’un maire canadien ?
C’est l’histoire incroyable, mais vraie, que nous rapporte la journaliste Marcy Cuttler dans un article publié ce 21 septembre 2025 par le média canadien CBC. À Colwood, une petite ville de Colombie-Britannique, le maire Doug Kobayashi a perdu son médecin traitant. Au lieu d’attendre une solution venue d’en haut, il a fait quelque chose de radical : il a décidé que la ville allait embaucher des médecins.
Vous avez bien lu. Comme le détaille l’enquête de CBC, la municipalité leur propose de devenir des employés municipaux. Fini la paperasse, la gestion du cabinet, les soucis financiers. Un salaire fixe, des avantages sociaux, et une seule mission : soigner les gens.
Une idée simple, presque brutale, qui fait écho à une crise que nous ne connaissons que trop bien en France. Car pendant que le Canada expérimente, chez nous, le voyant est au rouge écarlate : près de 30 % de la population française vit dans un désert médical.
Alors, ce pari canadien est-il juste une anecdote exotique ou le plan de sauvetage que l’on n’osait même pas imaginer ?
Le vrai problème : pourquoi nos médecins disparaissent vraiment
Avant de rêver à la solution, il faut regarder le problème en face.
Le vrai problème, ce n’est pas un manque de vocation. C’est un système à bout de souffle qui broie les nouvelles générations. Le modèle du médecin « libéral », ce super-héros qui est à la fois docteur, chef d’entreprise, comptable et DRH, ne fait plus rêver. Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène isolé : si on nous vend souvent du rêve, la réalité est parfois plus proche du SMIC que de la liberté espérée.
Les chiffres sont là pour le prouver : aujourd’hui, en France, moins d’un tiers des jeunes diplômés en médecine choisissent de s’installer en libéral.
Pourquoi ? Parce que la charge administrative est devenue un monstre.
Gérer un cabinet, c’est consacrer près de 20% de son temps à autre chose que de la médecine. C’est un fardeau que les jeunes médecins, qui aspirent à un meilleur équilibre entre vie pro et vie perso, refusent de porter.
Le résultat est mécanique : les médecins partant à la retraite ne sont pas remplacés, et des territoires entiers se vident de leurs blouses blanches.
La France tente déjà : les centres de santé, une solution discrète
L’idée d’un médecin salarié n’est pas totalement nouvelle dans l’Hexagone. En réalité, ce modèle existe déjà, mais il reste confidentiel.
Il s’agit des centres de santé, des structures souvent gérées par les municipalités ou des associations, où les médecins sont salariés. Pour eux, c’est le même confort que le modèle canadien : pas de loyer à payer, pas de secrétaire à embaucher, un salaire qui tombe tous les mois et des horaires fixes. Ils peuvent se concentrer à 100% sur leurs patients.
Et ça marche ! Ces centres, quand ils existent, ne désemplissent pas et attirent des médecins qui n’auraient jamais mis un pied dans ces communes autrement.
Le hic ? C’est une goutte d’eau dans l’océan. Actuellement, un peu plus de 10% des médecins généralistes en France sont salariés.
C’est une solution qui a fait ses preuves à petite échelle, mais qui peine à se généraliser, faute d’une volonté politique forte et de financements à la hauteur de l’enjeu.
Devenir « fonctionnaire » : le levier pour sauver notre système ?
Alors, faut-il passer à la vitesse supérieure ? Faut-il s’inspirer du maire « pitbull » de Colwood et généraliser le médecin employé municipal ?
L’idée a de quoi séduire. Imaginez une mairie dans la Creuse ou l’Aisne qui ne se contente plus de proposer une prime d’installation, mais un vrai poste, avec un contrat de travail, une mutuelle et des congés payés. C’est un changement total de paradigme. Le médecin n’est plus un entrepreneur isolé qu’on essaie d’attirer, mais un service public essentiel.
Le maire canadien le dit lui-même : son projet est « coût-neutre », car les consultations facturées à l’assurance maladie provinciale remboursent le salaire du médecin.
En France, le système serait similaire avec la Sécurité sociale. Une telle organisation relèverait directement de ce qu’on appelle la dépense publique, un levier que l’État et les collectivités peuvent actionner pour répondre à un besoin essentiel de la population.
Pour les patients canadiens qui attendaient un médecin depuis des années, l’arrivée de ce nouveau docteur a été comme « gagner au loto ». Combien de Français rêveraient de gagner à cette même loterie ?
FAQ : 3 questions pour tout comprendre
1. Un médecin peut-il vraiment être fonctionnaire en France ?
Le terme « fonctionnaire » est un peu un raccourci. Il ne s’agirait pas d’un fonctionnaire d’État, mais d’un agent contractuel de la fonction publique territoriale, comme beaucoup d’employés de mairie. Le statut est souple et déjà existant. Il n’y a donc pas de blocage juridique majeur pour développer ce modèle.
2. Quel serait le principal obstacle à cette généralisation ?
Le principal frein est financier et politique. Bien que le modèle puisse s’équilibrer à terme, l’investissement de départ (achat de matériel, aménagement des locaux) peut être lourd pour de petites communes. Surtout, cela demande un courage politique pour que les mairies s’emparent d’une compétence, la santé, qui est historiquement gérée par l’État et le secteur libéral.
3. Est-ce que cela ne risque pas de créer une médecine à deux vitesses ?
C’est un risque à surveiller, mais l’objectif est justement de réduire la fracture sanitaire qui existe déjà. Loin de créer une médecine à deux vitesses, le but est d’offrir une solution là où il n’y en a plus du tout. Le médecin salarié viendrait combler les trous, garantissant un service de base pour des millions de Français qui en sont aujourd’hui privés.